Aujourd’hui, le marché de l’investissement en Tunisie traverse un vrai problème structurel.
Contrairement aux années passées, les investisseurs s’éloignent désormais des projets agricoles, des initiatives industrielles et même des petites entreprises nécessitant l’ouverture de patentes. Cette tendance reflète la faible attractivité des investissements réels, liée à l’incertitude réglementaire, au coût du financement et à la rentabilité à court terme.
En parallèle, l’économie réelle montre des signes de stagnation, alors que la Bourse tunisienne continue de performer.
Cette divergence a entraîné une réallocation massive des capitaux vers le marché financier, souvent motivée par :
- la recherche de rendement immédiat,
- la visibilité des dividendes,
- et l’optimisation / récupération d’impôts,
plutôt que par des projets productifs à long terme.
📉 Rôle du TMM et anticipation du marché
Le marché anticipe une baisse du TMM, ce qui soutient mécaniquement :
- les valorisations boursières,
- l’investissement financier,
- en particulier les banques, assurances et holdings, sensibles au taux d’actualisation.
Cependant, cette baisse est déjà largement intégrée dans les cours, réduisant le potentiel de gains supplémentaires sans amélioration des fondamentaux.
👉 Nous sommes ainsi passés :
- d’un marché historiquement sous-valorisé,
- à un marché qui intègre le scénario central : baisse graduelle du TMM + croissance bénéficiaire modérée.
📊 Lecture par les multiples (PER) et revalorisation
- Ancienne moyenne historique : PER ≈ 11
- Nouvelle zone de valorisation “normale” : PER entre 12 et 13
Cette transition résulte surtout d’une expansion des multiples financiers, plus que d’une réelle croissance des résultats opérationnels.
Implications :
- Potentiel de revalorisation limité, estimé entre +10 % et +20 % maximum
- Absence de signaux d’euphorie
- Pas de bulle, mais phase avancée de rattrapage
⚠️ Points de vigilance fondamentaux
- La performance récente repose davantage sur la liquidité et l’anticipation monétaire que sur la croissance organique.
- À ces niveaux de PER, la visibilité sur le BPA (EPS) et sur les dividendes futurs devient déterminante.
- Les sociétés sans amélioration des marges ou génération claire de cash-flow sont plus exposées à une correction.
- Les secteurs agricoles et industriels restent sous pression, et les nouvelles initiatives (patentes, startups locales) peinent à attirer des financements.
💡 Eléments techniques additionnels
- DCF & taux d’actualisation : la baisse du TMM réduit le coût du capital, augmentant la valeur des flux futurs, mais cela profite surtout aux sociétés avec cash-flow prévisible et dividendes stables.
- Rendement exigé : les investisseurs deviennent plus sélectifs, cherchant un ROE et un rendement sur dividende attractifs.
- Corrélation économie réelle vs marché financier : le risque de décorrélation s’accentue, la Bourse pouvant rester survalorisée malgré la stagnation de l’économie réelle.
🎯 Conclusion
📈 La hausse récente du marché est logiquement justifiée, mais :
❌ Certaines accélérations rapides sur des titres spécifiques sont exagérées.
🔄 Une consolidation latérale ou modérée semble probable afin de digérer les niveaux actuels.
👉 Le marché reste attractif, mais la création de valeur dépendra désormais de la sélectivité, de la qualité des résultats et de la discipline sur les valorisations, tandis que les investissements réels (agriculture, industrie, nouvelles initiatives) continuent de faire face à des défis structurels.